Technique

Mieux gérer les matériaux sur les chantiers

Daniel Corbeil
Écrit par Daniel Corbeil

Avec la hausse du coût des matériaux, on cherche tous une façon de diminuer nos dépenses et d’améliorer nos profits, sans toutefois affecter la qualité des travaux à effectuer. Un moyen pour y arriver, bien qu’il ne soit pas des plus faciles, c’est de mieux gérer les matériaux.


La gestion des matériaux s’effectue en trois étapes : 

  1. La CONCEPTION
  2. Sur le CHANTIER
  3. La RÉTROSPECTION

La CONCEPTION

Dès la mise en branle d’un projet et l’élaboration des plans, des mesures devraient être prises de manière à limiter la perte de matériaux. Des erreurs de plan peuvent se glisser et occasionner des retards ou des correctifs coûteux. Une vérification des plans est donc toujours requise avant la mise en chantier.

Lors de l’envoi des bons de commande de structures, des portes et fenêtres, du béton, etc., il est important de s’assurer que les mesures et les quantités nécessaires sont exactes. Une mauvaise vérification du plan de structure peut faire augmenter drastiquement les coûts de mise en place ou de modification. Au même titre, un surplus de béton jeté au sol ou le manque d’un mètre cube de béton coûte beaucoup plus cher qu’un mètre cube provenant d’une bétonnière pleine. Dans le cas des portes et fenêtres, si des erreurs de grandeur se glissent lors de la commande, les correctifs apportés à la structure augmenteront considérablement le coût de la main-d’œuvre pour une étape qui, au départ, devait être assez simple.

Toujours avant la construction du projet, lors de l’approbation du plan de structure du fabricant, il est facile de superposer le plan de structure sur le plan d’exécution (les deux à la même échelle) de manière à voir si des appareils de plomberie ou de ventilation entreront en conflit avec des éléments de structure. Cette petite vérification peut vous faire gagner énormément d’argent et de temps en chantier. Par exemple, si un drain de toilette arrive dans une poutrelle, le plombier ne se gênera pas pour faire de la place pour son tuyau en coupant l’élément de structure. Il sera alors nécessaire de réparer le tout. Pour ce faire, il faudra communiquer avec le fabricant de structure afin qu’il propose un correctif. Tout ce temps d’attente et de correction coûtera beaucoup plus cher qu’une simple vérification au bureau!

Aussi, le fait de prévoir les matériaux nécessaires permet de mieux gérer les achats et les livraisons. Il devient ainsi plus facile de diminuer les pertes de matériaux. L’étape de la planification se poursuit également sur le chantier. Si les matériaux sont éparpillés sur le terrain, les ouvriers perdront beaucoup de temps à chercher et à transporter les matériaux. Les coûts de main-d’œuvre seront alors augmentés, sans compter ceux pour les matériaux qui se feront voler ou qui, à cause d’un mauvais entreposage, subiront une détérioration prématurée causée par les intempéries (par exemple, le gypse, la laine ou tout autre matériau sensible à l’humidité ou à l’eau).

Bien que cela demande un peu plus de gestion en chantier, l’option de l’utilisation d’éléments préfabriqués tels que des murs, planchers et toits préfabriqués n’est pas à négliger lors de la planification d’un projet. L’utilisation de ces éléments diminue naturellement le gaspillage de matériaux, car ce que l’on reçoit en chantier correspond à ce qui est nécessaire pour l’érection de la charpente.

Afin d’obtenir les résultats escomptés, il est important que tous les intervenants impliqués aient la même vision du projet, particulièrement en ce qui concerne la réduction des résidus.

Lorsque vient le temps de faire un plan d’action pour la gestion des résidus, la première chose à considérer est qu’un matériau qu’on n’achète pas est un matériau sauvé et des dollars économisés.

Sur le CHANTIER

La première chose à faire comprendre aux ouvriers est qu’il faut absolument éviter les erreurs de chantier en exécutant les travaux selon les normes, les règles de l’art et les bonnes pratiques, le tout avec minutie. Une bonne pratique à avoir est de mesurer deux fois avant de couper. Cette façon de procéder minimise les risques d’erreurs et coûte beaucoup moins cher que de reprendre la procédure.

Même avec une bonne exécution des travaux, certaines mesures doivent être prises pour éviter la perte de matériaux. Lorsque les matériaux sont entreposés à l’extérieur, il ne faut pas prendre pour acquis qu’ils sont bien protégés simplement parce qu’ils sont recouverts d’un polyéthylène, par exemple. Cette protection peut être déplacée par le vent ou d’une autre façon. Tous les matériaux sensibles à l’humidité ou à l’eau comme le gypse, la laine isolante ou le carton fibre, même dans leur emballage d’origine, ne devraient jamais être entreposés à l’extérieur, car ils risquent d’être endommagés à cause des intempéries et ne pourront être retournés dans le cas où il y aurait un surplus. Bien qu’elle soit emballée, la laine risque de se détériorer, car l’emballage n’est jamais étanche à 100 %.

Malgré toutes ces précautions, il est certain que des matériaux se retrouveront dans le conteneur. C’est pour cette raison que le chargé de projet ou le contremaître devrait avoir comme tâche de gérer ce qui se retrouve dans le conteneur. Comme beaucoup de matériaux y sont jetés inutilement, une saine gestion de ceux-ci durant les travaux diminuera l’effet négatif sur le budget final.

Par exemple, aucun bois d’œuvre ne devrait se retrouver dans le conteneur. Toutes les retailles de 24 pouces ou plus ont sûrement une place dans le projet. Plutôt que de couper des pièces de bois neuves, les retailles pourraient servir à faire des entremises, des fonds de clouage pour les tablettes, des mains courantes, des blocs de transferts de charge, et j’en passe! Tous les bouts inutilisables peuvent servir de bois d’allumage, si vous ou quelqu’un sur le chantier avez un chauffage au bois à la maison. Sinon, il y aura certainement un voisin qui se fera un plaisir de vous en débarrasser pour son utilisation personnelle. Vous n’avez qu’à construire un bac avec de vieilles palettes et y inscrire la mention « Bois à donner » et vous verrez que vous n’aurez jamais de bois dans votre conteneur. Il y a aussi les recycleurs de métaux pour tout ce qui reste de matériaux métalliques (revêtements extérieurs, soffites fascias, bouts d’armatures, etc.). Prenez une entente avec un recycleur de votre région et vous n’aurez plus à les mettre dans le conteneur. N’oubliez pas que les déchets des uns peuvent faire le bonheur des autres!

Les restes de laine isolante peuvent remplir des cavités le long des murs mitoyens ou servir à isoler le pourtour des ouvertures jumelées à une seule passe de mousse de polyuréthane ou à un boudin d’étanchéité en mousse de type « étafoam » pour l’étanchéité à l’air. En ce qui concerne le gypse, on retrouve souvent des demi ou quart de feuilles dans le conteneur. Bien souvent, les poseurs de gypse et les tireurs de joints facturent à la feuille. Par conséquent, ça leur importe peu d’en gaspiller! Au lieu de toujours prendre des feuilles neuves, plusieurs des restants de feuilles trouvés dans les conteneurs pourraient servir à l’intérieur des garde-robes, des espaces de rangement ou pour tout autre racoin. Pour les autres types de matériaux, il suffit d’avoir un peu d’imagination pour leur trouver une autre utilisation et ainsi diminuer les déchets résiduels et surtout la facture des matériaux.

Tout ceci est bien beau, mais c’est sans compter tous les restes de matériaux en rouleaux comme le polyéthylène ou le pare-intempérie qui se retrouvent dans le conteneur au lieu de servir pour un prochain chantier. C’est ce qui s’appelle de l’argent jeté directement au conteneur.

La gestion des matériaux passe inévitablement par un ménage du chantier à la fin de chaque journée. De cette façon, vous pouvez faire un tri quotidien des bons et des moins bons matériaux, utilisables ou non, mais aussi ramasser tous les petits éléments qui pourraient représenter un bon montant d’argent à la fin de l’année (bobines de clous pneumatiques, roulettes de ruban adhésif (« Tuck Tape »), tubes de scellant, étriers inutilisés, restants de membrane d’étanchéité ou autres). Pour maximiser la gestion des résidus de chantier, Recyc-Québec suggère l’utilisation de conteneurs à plusieurs compartiments ou de plusieurs conteneurs (lorsque l’espace le permet) de manière à faire le tri des déchets de chantier à la source.

En principe, comme vous avez déjà calculé la quantité de matériaux nécessaire au projet avant la mise en chantier, il suffit de donner cette liste à votre fournisseur de matériaux en lui mentionnant que lorsqu’il aura des appels de commandes, de ne pas dépasser ces quantités. Ça évitera l’achat de matériaux superflus par les gens qui appellent chez votre fournisseur. Si vous avez quand même des surplus de matériaux, entreposez-les dans un endroit à l’abri des intempéries et assurez-vous que le fournisseur les ramassera le plus rapidement possible de manière à ne pas les endommager.

Il ne faut pas oublier que la présence d’un conteneur sur un chantier est une dépense. Il faut compter le coût pour la location du conteneur, mais en plus d’avoir déjà payé pour avoir les matériaux, vous devrez payer une deuxième fois pour vous départir des matériaux gaspillés.

Dernier élément à ne pas négliger, le carton. Le papier et le carton font partie des plus grandes sources de déchets dans les conteneurs. La plupart des appareils installés par les sous-traitants sont dans des emballages (luminaire, panneau électrique, disjoncteur, compteur électrique, chauffe-eau, climatiseur, échangeur d’air, robinetterie, appareils de plomberie, coulisse de porte de garde-robe, etc.). Tout ce carton pourrait être empilé à l’abri et envoyé à un endroit où il sera recyclé. Sinon, un conteneur pour le carton pourrait être installé sur le chantier (toujours selon l’espace disponible).

La RÉTROSPECTION

À la fin de votre projet, toujours dans l’optique d’avoir une meilleure gestion des matériaux, prenez le temps de faire un pas en arrière pour réfléchir à l’ensemble du projet. Pensez à vos bons coups comme à vos moins bons, à ce que vous auriez pu améliorer. Prenez le temps d’en discuter avec vos employés et vos sous-traitants, vous aurez peut-être des surprises quant aux idées qui en sortiront.

En conclusion, il est certain que vous ne changerez pas le monde avec une nouvelle approche de gestion des matériaux. Par contre, vous serez en mesure de connaître le coût réel des matériaux utilisés et surtout, de savoir où va votre argent. Pour vous aider à inclure vos sous-traitants dans votre démarche, une clause de gestion des déchets résiduels peut être insérée dans vos contrats afin de vous assurer qu’ils contribuent également à la bonne gestion des matériaux sur vos chantiers. Un bonus de bonne gestion pourrait même être remis à la fin du projet si l’objectif est atteint. À vous de voir!

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Daniel Corbeil

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