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Le mur parfait… et si c’était vrai?

Marie-Pier Germain
Écrit par Marie-Pier Germain

L’histoire de la construction des maisons au Québec comporte des tournants évolutifs importants.

Depuis le début de la colonie où les murs de masse dominaient, en passant par les murs creux drainés, les murs à écran pare-pluie et les systèmes pare-air, nous avons connu des changements évolutifs marquants. Notre histoire constructive est riche et composée d’époques charnières qui débouchent aujourd’hui sur le concept du mur parfait.

Le concept

À l’heure actuelle, on parle de concept du mur parfait. Bien que ce principe existe depuis longtemps dans d’autres secteurs d’activités comme l’institutionnel et le commercial, il est relativement nouveau pour le secteur du petit résidentiel, c’est-à-dire pour l’ossature de bois.

Le concept du mur parfait est en réalité un séparateur environnemental. L’idée de base est de séparer l’intérieur de l’extérieur, tout en conservant les variables climatiques à l’extérieur. Pour ce faire, le mur parfait doit contrôler quatre éléments : les précipitations, les températures, les courants d’air et la condensation.

Au début de notre histoire, un seul matériau remplissait ces quatre fonctions : la pierre. Mais la construction évolue. Aujourd’hui, on construit en bois; les défis et les attentes diffèrent d’il y a 450 ans. Comment un mur à ossature de bois peut-il offrir ces quatre fonctions, tout en minimisant les matériaux, les interventions en chantier et les risques de dégradation de l’enveloppe tout en optimisant la performance énergétique du bâtiment et le confort de ses occupants ? Le mandat peut sembler prétentieux et complexe, mais certainement pas insurmontable.

Le mur se réinvente en modifiant la façon de l’ériger. Le mur parfait ne requiert pas de matériaux nouveaux ou révolutionnaires, mais demande une réflexion et une compréhension des systèmes de l’enveloppe du bâtiment.

On utilise des matériaux connus, mais on les assemble autrement pour maximiser chacune de ses composantes pour récolter ensuite tous les avantages. Un même matériau pourra ainsi remplir plus d’une fonction, contrairement à notre pratique courante où chaque matériau a sa propre utilité distincte. Il faut voir le bâtiment comme étant un système constructif pour le rendre optimal. Le mur parfait répond à ce schème de pensée.

Les composantes et leur positionnement

Quelles sont ses composantes? C’est probablement la première question qui nous vient en tête. Mais la question primordiale devrait plutôt être : dans quel ordre sont positionnées ses composantes ?

La réponse à la première question est simple. Le concept de base du mur parfait comporte trois couches principales de matériaux : le parement, l’isolant et la structure. En réponse à la deuxième question, cela va de soi, le parement est positionné du côté extérieur offrant une première protection contre les intempéries.

Ensuite vient l’isolant. Que ce soit un panneau d’isolant extrudé, expansé ou un isolant en mousse de polyuréthane, cette deuxième couche sert à la fois d’isolant (qui se conjugue ici en R effectif), de deuxième plan de protection contre les intempéries et de pare-air.

Finalement se positionne l’ossature du bâtiment, pour laquelle, soit dit en passant, on revient aux montants en 2 x 4 pouces. L’idée est de garder la structure au chaud afin d’assurer son intégrité tout en réduisant au mieux l’épaisseur totale du mur.

EXEMPLES DE TYPE D’ASSEMBLAGE DE MUR SELON LE CONCEPT DU MUR PARFAIT

Les possibilités

Certes, cette nouvelle façon de penser le bâtiment apporte son lot de changements et de défis, mais offre aussi de belles opportunités. Par exemple, la cavité murale n’étant plus isolée, elle permet aisément le passage de la mécanique et de l’électricité. Advenant une possible infiltration d’eau, la cavité vide du mur permet de constater la présence de la problématique rapidement, sans dégradation majeure du mur et limitant ainsi les correctifs.

L’ossature pourrait être laissée apparente, diminuant les coûts de finition (gypse et tirage de joints) et procurant un design contemporain ou industriel. Le pare-vapeur ne serait plus requis puisque le point de rosée se situerait dans l’isolant. Ce dernier pourrait même descendre jusqu’à la semelle de fondation, éliminant ainsi les ponts thermiques et réduisant les étapes en chantier et les risques d’erreurs.

Les défis

Toutefois, avant de bénéficier des avantages, il faut d’abord résoudre les défis qu’impose un pareil changement. Trois principaux défis doivent être surmontés :

  1. l’acoustique
  2. le contreventement
  3. les méthodes de fixation des revêtements extérieurs

Ces éléments ont été étudiés de concert avec la Chaire industrielle de recherche sur la construction écoresponsable en bois (CIRCERB) de l’Université Laval. L’étude de la phase 1 étant maintenant terminée, nous pouvons entamer la phase 2.

Pour visionner le webinaire sur le sujet :

À propos de l'auteur

Marie-Pier Germain

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2 commentaires

  • Revenir au mur de 2×4 pose certains problèmes de structures avec les charges concentrées de plus grande envergures due à les aires ouvertes et les portées plus grandes que dans les années 80. De plus, les fenêtres étant de plus en plus grandes, les linteaux de 3½ » d’épais sont limités en portées.

    Il va falloir évaluer le gain énergétique, certe, sans toutefois compromettre l’intégrité structurale des bâtiments.

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