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Réflexion nationale sur les infrastructures municipales : le Québec n’a plus le luxe d’attendre !

Écrit par Québec habitation

La récente annonce de la Ville de Montréal, qui appelle à un effort collectif pour réduire la consommation d’eau potable en raison de travaux d’urgence sur son réseau, illustre de manière frappante une réalité que l’on ne peut plus ignorer : nos infrastructures en eau sont sous pression et atteignent leurs limites. 

Dans ce contexte, le ministre des Affaires municipales, Samuel Poulin, a lancé une réflexion nationale sur le coût et le financement des infrastructures municipales, alors que les besoins en logements sont criants et que les municipalités subissent des pressions importantes. Il est maintenant temps d’agir avec ambition, cohérence et sans délai. Le Québec n’a plus le luxe d’attendre.

Le Groupe tactique sur les infrastructures en eau liées au logement a répondu à l’appel du ministre et contribué aux travaux en mettant de l’avant un enjeu central : le sous-financement chronique des infrastructures en eau, une réalité documentée dans une étude indépendante réalisée par Aviseo Conseil.

Des réseaux qui vieillissent tous en même temps 

La majorité de nos conduites d’eau potable, d’eaux usées et d’eaux pluviales ont été construites entre les années 1950 et 1990. Aujourd’hui, elles arrivent donc toutes à un âge critique. Résultat : bris plus fréquents, refoulements plus nombreux, explosion des coûts d’entretien et vulnérabilité accrue face aux pluies intenses et aux autres répercussions des changements climatiques.  

Pendant ce temps, aux prises pour la plupart avec un système de financement désuet, les municipalités n’investissent que 280 $ par habitant·e chaque année pour les services d’eau, alors que le coût réel de ceux-ci s’élève à près de 800 $ par habitant·e. En 2025, le déficit de maintien des actifs atteignait près de 20 milliards de dollars, et il doublera d’ici cinq ans pour atteindre 42,5 milliards de dollars, si on maintient le rythme actuel d’entretien.  

Le financement actuel des infrastructures encourage le gaspillage

Pourquoi ce décalage ? Parce que le financement des infrastructures en eau repose encore principalement sur la taxe foncière et une tarification fixe, largement indépendantes de l’usage réel.

Ce modèle n’envoie aucun signal favorable à la réduction du gaspillage. Il pénalise les ménages économes, subventionne les plus grands consommateurs et transfère la facture aux générations futures. Il est aussi incapable de suivre la hausse rapide des coûts de construction, qui ont augmenté plus vite que l’inflation ces dernières années notamment en raison de la multiplication des exigences réglementaires. 

Quand l’eau noie le logement 

Cette crise a des conséquences bien concrètes sur une autre, majeure, celle de l’habitation. 

Faute de capacité dans les réseaux, 43 municipalités ont dû restreindre ou bloquer des projets en 2025, empêchant la construction de 36 000 logements. À Lévis, à Sherbrooke et ailleurs, des moratoires ont été imposés à cause de l’incapacité des infrastructures à accueillir de nouvelles habitations.  D’autres villes s’approchent rapidement de cette limite. C’est notamment le cas de Rimouski et de Longueuil. 

Pendant ce temps, le Québec devra construire 100 000 logements supplémentaires chaque année d’ici 2035 pour rééquilibrer le marché. Il sera impossible de livrer ces logements, pourtant essentiels, si nous ne disposons pas des conduites nécessaires pour les desservir efficacement.

Investir dans l’eau, c’est investir intelligemment 

Investir dans les infrastructures en eau, ce n’est pas faire une dépense improductive. Selon le Réseau Environnement, chaque dollar investi dans ces infrastructures génère 1,72 $ en retombées économiques et sociales, et jusqu’à 4,40 $ lorsqu’il s’agit de conduites d’eau potable. Moins de bris, moins d’inondations, moins d’interruptions de service, c’est une économie plus résiliente.  

Reporter les investissements, à l’inverse, coûte deux à dix fois plus cher à long terme. 

Les solutions existent… et elles sont connues 

Le Groupe tactique ne plaide pas pour une solution unique, mais pour un changement de modèle. 

Premièrement, il faut rehausser les investissements publics et les stabiliser, notamment dans le Plan québécois des infrastructures, où la part consacrée aux municipalités a chuté de manière constante, malgré des besoins croissants. L’entente signée entre Ottawa et Québec permettant un transfert de 2,7 milliards sur 10 ans pour les infrastructures annoncée mardi est un premier pas en ce sens bien que modeste au regard de l’ampleur des besoins.

Deuxièmement, il est temps de favoriser davantage le principe d’utilisateur-payeur, notamment par le recours à une tarification volumétrique appuyée sur des compteurs d’eau modernes lorsque les études de faisabilité en démontrent les bénéfices. Dans les municipalités où de tels compteurs ont été installés, la consommation d’eau a diminué d’environ 25 %, sans compromettre l’accès à une quantité essentielle d’eau.

Troisièmement, les municipalités doivent pouvoir s’appuyer sur des outils de financement complémentaires, comme la captation de la valeur foncière (TIF), pour mieux gérer la consommation et financer les infrastructures sans augmenter les taxes. Ces mécanismes existent ailleurs, fonctionnent très bien et permettent d’agir sans freiner l’abordabilité.

L’actualité nous rappelle l’urgence d’agir 

Les geysers urbains, les refoulements et les bris spectaculaires ne sont pas des anomalies. Ce sont des symptômes. Les ignorer ou les traiter au cas par cas, c’est accepter que la situation se détériore et qu’elle puisse être toujours plus dommageable.

Nous devons effectuer un choix déterminant pour l’avenir : continuer à réparer dans l’urgence, ou investir en faisant montre de prévoyance. L’eau est un service essentiel, un bien commun et le socle du développement de nos collectivités. 

Il est temps de la financer à sa juste valeur. 

Cosignataires, membres du Groupe tactique sur les infrastructures en eau liées au logement : Isabelle Demers, vice-présidente Développement stratégique, affaires publiques et innovation, Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), Mathieu Laneuville, président-directeur général de Réseau Environnement, Francine Sabourin, directrice générale, Association de la construction du Québec (ACQ); Me Caroline Amireault, avocate et directrice générale, Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ); Bernard Bigras, président-directeur général, Association des firmes de génie-conseil du Québec (AFG); Isabelle Melançon, présidente-directrice générale, Institut de développement urbain du Québec (IDU); Nathalie Prud’homme, présidente, Ordre des urbanistes du Québec (OUQ); Samuel Pagé-Plouffe, directeur – affaires publiques, Vivre en Ville

À propos de l'auteur

Québec habitation

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