À la suite des élections municipales de novembre 2025, une nouvelle cohorte d’élu·e·s a pris les rênes des municipalités québécoises. Dans ce contexte de renouvellement politique, les relations entre le milieu municipal et le secteur de la construction sont appelées à évoluer. C’est précisément ce terrain qu’a exploré la conférence « L’agora des ex : un milieu municipal en mouvement », présentée lors du Congrès 2025 de l’APCHQ.
Réunissant d’ex-élu·e·s municipaux·ales aux profils variés (Richard Bergeron, Vicki-May Hamm et Alain Rayes), cette discussion franche, sans langue de bois, a permis de faire le point sur les principaux enjeux qui freinent (ou accélèrent) le développement de projets résidentiels au Québec.
Un constat partagé : le parcours du combattant
D’entrée de jeu, les panélistes ont reconnu ce que plusieurs entrepreneur·e·s vivent sur le terrain : obtenir un permis de construction peut parfois ressembler à un jeu de serpents et d’échelles. Lourdeur réglementaire, délais administratifs, multiplication des interlocuteurs… Les points de friction sont bien connus.
Un sondage réalisé en 2025 auprès des membres de l’APCHQ montre d’ailleurs que deux entrepreneur·e·s sur trois jugent leurs relations avec leur municipalité difficiles. Pour les ex-élu·e·s, ce constat n’est ni surprenant ni irréversible : il reflète surtout un manque de fluidité dans les processus et, parfois, un déficit de communication entre les parties.
Habitation : un enjeu encore trop discret en politique municipale
Autre thème central : la place accordée à l’habitation durant les campagnes électorales municipales. Bien que le logement soit au cœur des préoccupations citoyennes, plusieurs panélistes ont souligné que le sujet demeure délicat pour les candidat·e·s.
Pourquoi ? Parce que l’habitation touche à des enjeux sensibles : densification, acceptabilité sociale, itinérance, infrastructures, fiscalité. Les élu·e·s doivent composer avec des attentes parfois contradictoires entre résident·e·s, promoteur·trice·s, groupes communautaires et ordres de gouvernement.
Résultat : un certain silence, alors même que les municipalités disposent de leviers clés en ce qui concerne l’aménagement et l’urbanisme.
Densification et acceptabilité sociale : trouver l’équilibre
La densification est largement reconnue comme une solution incontournable pour répondre à la crise de l’habitation et limiter l’étalement urbain. Mais sur le terrain, chaque projet peut susciter des résistances.
Les ex-élu·e·s l’ont rappelé : l’acceptabilité sociale se travaille en amont. Un projet bien intégré, expliqué tôt et arrimé aux réalités du milieu a beaucoup plus de chances d’aboutir. À l’inverse, annoncer un projet ficelé sans dialogue préalable peut rapidement créer des blocages.
Ce qui fonctionne : des pistes concrètes
Au fil des échanges, plusieurs bonnes pratiques ont émergé :
- Simplifier et cartographier le parcours des permis, afin de repérer les étapes inutiles ou redondantes;
- Créer des équipes ou des points de contact dédiés aux projets, pour éviter que les dossiers ne se perdent entre les différents services;
- Miser sur la collaboration interne au sein des municipalités : urbanisme, génie, environnement et greffe doivent avancer ensemble;
- Mesurer les délais et les résultats, à l’aide d’indicateurs clairs, pour ajuster les pratiques;
- Favoriser le dialogue sur une base continue avec les entrepreneur·e·s, plutôt que des échanges ponctuels en situation de crise.
Certaines municipalités ont démontré qu’il est possible de réduire significativement les délais de délivrance des permis sans alourdir la structure municipale, simplement en revoyant les façons de faire.
Les 100 premiers jours : un moment clé
L’arrivée en poste de nouveaux conseils municipaux représente une fenêtre stratégique. Les ex-élu·e·s ont insisté : les 100 premiers jours donnent le ton. C’est une période propice pour écouter, apprendre et établir des priorités claires en matière d’habitation.
Pour les entrepreneur·e·s, c’est aussi le moment de se mobiliser, de présenter leurs réalités et de contribuer activement aux réflexions en cours. Le dialogue ne se crée pas seul : il se bâtit.
Un message clair : collaborer pour avancer
Au terme de l’atelier, un message s’est imposé : la crise de l’habitation ne se règlera pas en silo. Les municipalités, les entrepreneur·e·s et les autres intervenant·e·s du milieu doivent travailler ensemble, dans un climat de confiance et de respect mutuel.
Bref, en misant sur la collaboration, la clarté des processus et une meilleure compréhension des réalités de chacun·e, il est possible de transformer les irritants en leviers. Un pas essentiel pour faire avancer les projets d’habitation et répondre aux besoins des communautés partout au Québec.
