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La mathématique d’un chantier : quand chaque décision compte

Dans un contexte où les coûts de construction augmentent, où les marges se resserrent et où les exigences réglementaires s’additionnent, une question revient sans cesse sur les chantiers et dans les bureaux : comment « faire arriver les chiffres » ?

C’est précisément à cette réalité que s’est attaquée la conférence « La mathématique d’un chantier : comment faire arriver les chiffres ? », présentée lors du Congrès 2025 de l’APCHQ. Animée par Isabelle Demers, vice-présidente, Développement stratégique, affaires publiques et innovation à l’APCHQ, la plénière a réuni trois expert·e·s de terrain qui ont partagé, sans détour, leurs expériences concrètes : Mélanie Robitaille (Rachel Julien), Mathias Hachey (PMML) et Gabriel Fournier-Filion (UTILE).

Au fil des échanges, un message s’est imposé : aujourd’hui, la viabilité d’un projet ne repose plus sur une seule variable, mais sur une succession de décisions cohérentes, prises bien avant le premier coup de pelle.

Idéation et conception : tout se joue très tôt

La première phase abordée concernait l’idéation et la conception. Un constat est clair : modifier un projet en cours de route coûte cher, parfois très cher. Chaque choix architectonique, chaque élément de programme ou de conception a une incidence directe sur les coûts, les délais et la rentabilité future.

Prenant pour exemple le projet Canoë, à Montréal, Mélanie Robitaille a illustré les risques associés aux délais réglementaires, aux consultations publiques et aux ajustements répétés. Elle a rappelé l’importance de bien comprendre le milieu d’implantation et de ne pas sous-estimer les enjeux d’acceptabilité sociale.

Du côté du logement abordable, Gabriel Fournier-Filion a montré comment UTILE mise sur la standardisation, l’optimisation des superficies et la répétition des modèles pour contrôler les coûts, tout en assurant l’attractivité des milieux de vie à long terme.

Les panélistes se sont entendus sur l’idée que près de 80 % de la « mathématique » d’un projet se règle en amont, une conception réfléchie limitant les risques financiers en aval.

Montage financier : créativité, rigueur et préparation

Même le meilleur projet reste théorique sans un financement adapté. Dans un environnement marqué par la hausse des taux et l’évolution constante des programmes, le montage financier devient un exercice de haute précision.

Mathias Hachey a insisté sur la nécessité de préparer son dossier très tôt et d’éviter de miser sur un seul scénario. Programmes assurés, financement conventionnel, capitaux privés, partenariats : plus les leviers sont déterminés à l’avance, plus le projet gagne en résilience.

Les discussions ont aussi mis en lumière les limites de certains programmes, comme APH Select, qui ne répondent pas à tous les contextes ou à toutes les régions. Pour des projets d’envergure, des programmes de remplacement, comme ceux de financement direct, peuvent offrir des conditions avantageuses, si on satisfait aux exigences.

Bref, aujourd’hui, financer un chantier exige de la souplesse, une excellente compréhension des programmes et un dialogue constant avec les partenaires financiers.

Réalisation et construction : composer avec l’imprévisible

Une fois le financement en place, les défis ne s’arrêtent pas là. Pénurie de main-d’œuvre, retards d’approvisionnement, coûts logistiques, contraintes régionales : la phase de construction reste marquée par l’imprévisibilité.

Gabriel Fournier-Filion a présenté l’exemple d’un projet modulaire à 100 %, réalisé à Rimouski, conçu pour accélérer les délais et limiter certains risques. La préfabrication et la construction modulaire offrent un potentiel réel, mais leur succès repose sur la coordination des intervenant·e·s, la prévisibilité des carnets de commandes et l’adaptation des pratiques de chantier.

Mélanie Robitaille a aussi soulevé un enjeu clé : les règles de financement ne sont pas toujours adaptées aux réalités de la préfabrication, notamment lorsqu’il s’agit de matériaux produits et entreposés hors chantier.

Innover sur le chantier exige donc que l’écosystème (financier, réglementaire et opérationnel) suive le rythme.

Des chiffres… mais surtout une vision à long terme

En conclusion, les panélistes ont partagé une conviction commune : « faire arriver les chiffres » dépasse le simple exercice comptable. Il s’agit de bâtir des projets durables, adaptés à leur marché, pensés pour le long terme et capables de traverser les cycles économiques.

Qu’il s’agisse de choisir le bon site, de concevoir un milieu de vie attrayant, de diversifier les sources de financement ou d’innover en matière de méthodes de construction, chaque décision compte. Plus que jamais, la réussite passe par la préparation, la collaboration et la capacité à transformer les contraintes en occasions de faire autrement.

Parce qu’au bout du compte, la mathématique d’un chantier, ça se travaille bien avant l’ouverture du chantier.

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Québec habitation

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