Alors que le secteur de la construction doit réduire rapidement son empreinte environnementale, les bâtiments passifs s’imposent de plus en plus comme une solution crédible, performante et adaptable au contexte québécois. Loin d’être un concept théorique ou réservé à des projets d’exception, l’approche passive constitue avant tout une méthode de conception rigoureuse, centrée sur l’efficacité énergétique, le confort des occupant·e·s et la performance durable des bâtiments.
La troisième séance de la cohorte en construction durable visait précisément à démystifier les principes des bâtiments passifs, à en comprendre les bénéfices et à explorer leur applicabilité dans la pratique professionnelle.
Le bâtiment passif va au-delà des normes prescriptives du Code de construction : c’est une approche globale
Un bâtiment passif n’est pas simplement un bâtiment bien isolé. Il s’agit d’un standard de performance qui vise à réduire drastiquement les besoins en chauffage et en climatisation, tout en maintenant un confort intérieur élevé tout au long de l’année. La norme « Passivhaus » permet de réduire jusqu’à environ 90 %1 les besoins énergétiques liés au chauffage et à la climatisation par rapport à des bâtiments conventionnels.
Il faut d’abord rappeler qu’un bâtiment n’a pas nécessairement besoin d’être certifié Passivhaus pour s’inspirer des principes de conception passive. Un·e entrepreneur·e ou un·e concepteur·rice peut appliquer ces principes sans viser formellement la certification, à condition de respecter une logique de performance globale.
Cette approche repose d’abord sur une isolation très performante et continue. L’enveloppe du bâtiment doit limiter fortement les pertes de chaleur en hiver, tout en réduisant les gains de chaleur indésirables en été. L’isolation ne doit donc pas être pensée uniquement en termes d’épaisseur ou de valeur R, mais aussi en fonction de sa continuité autour du bâtiment, notamment aux jonctions entre les murs, la toiture, les fondations et les ouvertures.
L’étanchéité à l’air constitue un autre principe essentiel. Un bâtiment passif cherche à réduire au minimum les infiltrations d’air non contrôlées, qui peuvent entraîner des pertes énergétiques, de l’inconfort, des courants d’air et des risques liés au transport d’humidité dans les assemblages. Une enveloppe étanche permet ainsi d’améliorer à la fois l’efficacité énergétique, le confort intérieur et la gestion de l’humidité, à condition qu’elle soit accompagnée d’une ventilation mécanique adéquate.
La réduction des ponts thermiques est également déterminante. Les ponts thermiques sont des zones où la chaleur s’échappe plus facilement, souvent aux jonctions structurales ou aux points de discontinuité de l’isolation. Les balcons, les fondations, les contours de fenêtres, les raccords de toiture, les ancrages et les transitions entre matériaux doivent donc être conçus avec soin afin de limiter les pertes de chaleur, les surfaces froides et les risques de condensation locale.
Les portes et fenêtres performantes jouent aussi un rôle central dans la stratégie passive. Les fenêtres sont souvent à triple vitrage, avec des cadres isolants et une installation soignée afin d’assurer la continuité de l’étanchéité et de l’isolation. Leur orientation, leur dimensionnement et leur positionnement doivent être réfléchis pour tirer profit des gains solaires utiles en hiver, tout en évitant la surchauffe en été. Dans un bâtiment passif, la fenestration n’est donc pas seulement un élément architectural, elle fait partie intégrante de la stratégie énergétique.
Enfin, la ventilation mécanique avec récupération de chaleur est indispensable. Comme le bâtiment est très étanche, le renouvellement de l’air ne peut pas dépendre des infiltrations naturelles. Un ventilateur récupérateur de chaleur permet d’assurer un apport constant d’air frais et filtré, tout en récupérant une partie importante de la chaleur contenue dans l’air extrait. Ce principe permet de maintenir une bonne qualité de l’air intérieur sans compromettre la performance énergétique du bâtiment.
L’approche passive repose donc sur une vision globale du bâtiment, où chaque décision liée à la conception, à l’orientation, à l’enveloppe, à la fenestration, à l’étanchéité et à la ventilation est réfléchie en fonction de son interaction avec l’ensemble du système.
Le confort et la santé des occupant·e·s comme bénéfices tangibles
Au-delà des économies d’énergie, les bâtiments passifs se distinguent par le niveau de confort qu’ils procurent. Une isolation performante, une enveloppe étanche à l’air et une réduction des ponts thermiques contribuent à maintenir une température intérieure plus stable, à limiter les courants d’air froids et à améliorer le confort.
Une meilleure qualité de l’air intérieur est également un bénéfice important. Dans les bâtiments passifs, la ventilation mécanique avec récupération de chaleur joue un rôle central. Elle assure un apport constant d’air frais et filtré, tout en récupérant une partie importante de la chaleur contenue dans l’air extrait. Selon les critères du Passivhaus Institute, les systèmes de récupération de chaleur doivent transférer au moins 75 % de la chaleur de l’air extrait vers l’air neuf.
Une approche pertinente pour le climat québécois
Dans un climat froid comme celui du Québec, l’approche passive est particulièrement pertinente. Elle mise sur la réduction des pertes de chaleur grâce à une isolation continue, une étanchéité à l’air, des vitrages performants, une ventilation avec récupération de chaleur et une maîtrise rigoureuse des ponts thermiques. En réduisant les besoins énergétiques à la source, les bâtiments deviennent plus confortables en période de grands froids et moins sensibles aux fluctuations du coût de l’énergie.
Cette performance représente également un avantage collectif dans un contexte d’électrification. Les pointes hivernales exercent une forte pression sur le réseau québécois, notamment parce qu’une grande partie du chauffage résidentiel repose du l’électricité. Hydro-Québec rappelle d’ailleurs qu’une pointe historique de 43 124 MW a été atteinte le 3 février 20232.
Dans ce contexte, construire et rénover des bâtiments très sobres en énergie contribue non seulement à réduire la consommation annuelle, mais aussi à limiter la puissance appelée en hiver. Cela peut faciliter l’intégration de nouvelles charges électriques, réduire la pression sur les infrastructures de production, de transport et de distribution, et soutenir la transition énergétique.
Coûts, valeur et vision à long terme
Si la construction d’une maison passive peut représenter un surcoût initial, celui‑ci doit être analysé à la lumière de la performance globale du bâtiment sur toute sa durée de vie. La réduction importante des besoins en chauffage et en climatisation entraîne des économies d’exploitation récurrentes, qui s’accumulent année après année et protègent les ménages contre la volatilité des prix de l’énergie. À cela peuvent s’ajouter des systèmes mécaniques de capacité réduite, une durabilité accrue des composantes grâce à une meilleure gestion de l’humidité et une réduction des coûts d’entretien et de réparation. Ces bénéfices dépendent toutefois de la qualité de la conception, de l’exécution et de la mise en service du bâtiment.
Plus encore, l’approche passive invite à un véritable changement de paradigme : plutôt que de se concentrer uniquement sur le coût de construction initiale, elle propose d’évaluer l’investissement sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment, tout en augmentant sa valeur immobilière, sa résilience et la qualité du cadre bâti de demain.
Le rôle clé des professionnel·le·s de la construction
Enfin, la séance a mis en lumière le rôle central et stratégique des entrepreneur·e·s, concepteur·rice·s et gestionnaires de projets dans la réussite des bâtiments passifs. La performance recherchée ne repose pas uniquement sur des matériaux ou des technologies, mais sur la qualité des décisions prises à chaque étape. C’est grâce à la formation continue, à la collaboration interdisciplinaire et à la montée en compétence des équipes que cette approche peut être intégrée de façon rigoureuse et reproductible.
Le projet de cohorte en construction durable de l’APCHQ a été rendu possible grâce au soutien financier du Fonds Écoleader. Le Fonds Écoleader a été créé par le gouvernement du Québec en 2018. Il est coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable (FAQDD), qui bénéficie du soutien de Développement économique Canada pour les régions du Québec (DEC) afin d’assurer sa mise en œuvre.
