Dans le cadre de sa cohorte en construction durable, l’APCHQ propose des sessions de formations aux huit entrepreneur⸱e·s qui ont répondu présent⸱e·s à l’appel du projet. Après une première session consacrée au choix des matériaux, la deuxième session de formation portait sur un enjeu tout aussi fondamental pour la performance énergétique : l’enveloppe du bâtiment.
Dans un contexte de transition écologique et de changements climatiques, l’efficacité énergétique et la résilience des bâtiments sont plus importantes que jamais. Les entrepreneur·e·s ont pour rôle de construire des bâtiments durables, performants et adaptés aux nouvelles exigences environnementales. Pour que cette ambition prenne pleinement vie sur les chantiers, elle doit aussi rester attrayante dans sa mise en œuvre en étant concrète sur le terrain et réaliste sur le plan financier. C’est précisément en tenant compte de ces leviers que l’amélioration de la performance des bâtiments peut s’accélérer et inspirer l’industrie à construire des bâtiments plus résilients.
Qu’est‑ce que l’enveloppe du bâtiment, au juste ?
L’enveloppe du bâtiment va bien au-delà des murs. Elle regroupe l’ensemble des composantes qui forment la frontière entre le milieu intérieur et l’environnement extérieur. Ces composantes sont la toiture, les fondations, le sol, les fenêtres et portes, ainsi que toutes les jonctions. Pensée comme un système continu à 360 degrés autour du bâtiment, l’enveloppe agit comme une barrière cohérente capable de contrôler efficacement les échanges d’air, de chaleur, de vapeur et d’eau qui se produisent entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment.
Une conception rigoureuse de l’enveloppe et une exécution minutieuse sont essentielles pour assurer la performance et la résilience des constructions, autant en neuf qu’en rénovation.
Les quatre fonctions essentielles de l’enveloppe
1. Le contrôle de l’air
L’air est le principal vecteur de transport de l’humidité à travers les parois. Une petite fuite d’air, combinée à une différence de pression, peut entraîner des quantités importantes d’humidité dans les murs, l’entretoit et autres parties de l’enveloppe, favorisant ainsi la possibilité d’apparition de moisissures et une dégradation des matériaux. Sans une étanchéité à l’air performante, il devient très difficile de contrôler le déplacement de la chaleur et de la condensation à l’intérieur de l’enveloppe.
2. Le contrôle de la vapeur d’eau
Le pare-vapeur a pour rôle de freiner la diffusion de la vapeur d’eau à travers l’enveloppe. Lorsque l’étanchéité à l’air de l’assemblage est bien contrôlée, le transport de vapeur d’eau se fait presque exclusivement par diffusion, un mécanisme dont l’intensité demeure généralement faible. Ainsi, même la présence d’une perforation dans le pare‑vapeur n’entraîne qu’un passage négligeable d’humidité, tant qu’aucun flux d’air convectif significatif n’est présent.
Une des nouvelles solutions pour contrôler la vapeur d’eau dans les assemblages consiste à utiliser un pare‑vapeur intelligent, aussi appelé membrane à perméance variable. Ce type de membrane ajuste automatiquement sa perméance selon le taux d’humidité. En effet, il agit comme un pare‑vapeur traditionnel en conditions sèches, puis s’ouvre lorsque l’humidité augmente afin de permettre un assèchement contrôlé de la paroi. Cette capacité d’adaptation est particulièrement pertinente en rénovation ou au niveau des fondations, où les variations d’humidité sont plus importantes. D’ailleurs, le Code de construction du Québec 2020 reconnaît explicitement l’usage de ces membranes pour les sous-sols, confirmant leur rôle dans les assemblages contemporains.
3. Le contrôle de la chaleur
La chaleur se déplace naturellement des zones chaudes vers les zones froides par conduction, convection et rayonnement. L’isolant a pour rôle principal de ralentir la conduction, tandis qu’un bon contrôle de l’étanchéité à l’air permet de limiter la convection, deux mécanismes essentiels pour assurer la performance thermique de l’assemblage. Nous recommandons de sélectionner l’isolant en fonction de ses propriétés thermiques et de sa perméance, puisqu’il s’agit de paramètres déterminants pour la performance globale de l’assemblage. Pour orienter votre choix, il est essentiel de consulter les fiches techniques des produits afin de valider leurs caractéristiques et leur adéquation avec les conditions spécifiques de votre projet.
Les ponts thermiques constituent également un enjeu majeur, car même un mur bien isolé dans les cavités peut voir sa performance fortement réduite comme l’isolation n’est pas nécessairement continue. Dans un contexte de réduction de la consommation énergétique, l’importance de distinguer le Reffectif du Rtotal est d’autant plus pertinente.
Le Rtotal correspond à la somme des résistances thermiques des matériaux en prenant compte uniquement de l’endroit où se trouve l’isolant. Ces matériaux qui composent la structure de bois de charpente ont une résistance thermique beaucoup plus faible que l’isolant et créent des ponts thermiques. Le Rtotal ignore ces zones et suppose un mur isolé de façon continue, ce qui n’est pas totalement représentatif. À l’inverse, le Reffectif représente la performance réelle de l’enveloppe, puisqu’il intègre la perte énergétique des ponts thermiques causée par la structure de bois. Comme le Reffectif tient compte des zones moins performantes de l’enveloppe, il donne une valeur plus basse, mais plus réaliste. D’ailleurs, le Reffectif sera considéré officiellement à partir du Code 2025.
4. Le contrôle de l’eau
Un des principes fondamentaux lorsqu’on construit l’enveloppe est de savoir que l’eau est l’ennemi numéro un. L’objectif est donc de prévoir comment l’empêcher d’entrer dans l’enveloppe, et de prévoir comment elle s’évacuera.
Le code de construction exige deux plans de protection pour la réduction et prévention des infiltrations. Le premier plan est assuré par le revêtement extérieur et le deuxième plan doit être formé d’un plan de drainage comportant un élément de démarcation intérieur approprié et des solins qui dirigent l’eau de pluie vers l’extérieur. Leur mise en œuvre peut toutefois devenir également la source de problématiques liées aux infiltrations, d’où l’importance d’une mise en œuvre minutieuse et conforme au Code, aux guides des fabricants ainsi qu’aux fiches techniques pertinentes à chaque situation. Par exemple, pour en apprendre plus sur la pose adéquate des solins, consulter les fiches techniques de l’APCHQ.
Pourquoi l’étanchéité à l’air par l’extérieur change la donne1
Dans les constructions actuelles, l’étanchéité à l’air est généralement assurée par un polythène installé et scellé du côté intérieur de l’enveloppe. Cette approche peut être efficace lorsque l’exécution est exemplaire ; elle comporte néanmoins plusieurs limites. Ces pertes d’étanchéité proviennent notamment des percements inévitables réalisés par les différents corps de métier, des interventions ultérieures comme l’électricité ou la plomberie, ainsi que des perforations causées par l’installation de cadres, de téléviseurs ou de mobilier. Tout cela peut rendre complexe le maintien d’une continuité parfaite du pare‑air.
Une approche mise de l’avant par l’APCHQ, et qui mérite d’être mieux connue, est celle du « mur parfait ». Elle consiste notamment à réaliser l’isolation et l’étanchéité à l’air par l’extérieur, en utilisant des panneaux rigides intégrant un pare‑air, lesquels sont ensuite soigneusement scellés en pleine adhérence à l’aide de rubans compatibles. Cette méthode permet d’assurer une continuité optimale du pare‑air et d’améliorer la performance globale de l’enveloppe du bâtiment. De plus, le test d’infiltrométrie, à faire avant la fermeture des murs, est un outil précieux pour détecter et corriger les fuites d’air dans l’enveloppe du bâtiment.
Construire des bâtiments moins énergivores et plus résilients
L’enveloppe du bâtiment constitue bien plus qu’un simple assemblage technique : c’est le cœur de la performance, de la durabilité et de la résilience de nos constructions. En maîtrisant les principes de contrôle de l’air, de la vapeur, de la chaleur et de l’eau, et en adoptant des pratiques éprouvées comme l’étanchéité par l’extérieur ou l’utilisation de matériaux adaptés à nos conditions climatiques, l’industrie peut bâtir des environnements plus sains, plus efficaces et mieux préparés aux défis actuels. En misant sur une conception rigoureuse et une exécution soignée, nous faisons un pas déterminant vers des bâtiments moins énergivores et véritablement résilients face aux changements climatiques.
Le projet de cohorte en construction durable de l’APCHQ a été rendu possible grâce au soutien financier du Fonds Écoleader. Le Fonds Écoleader a été créé par le gouvernement du Québec en 2018. Il est coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable (FAQDD), qui bénéficie du soutien de Développement économique Canada pour les régions du Québec (DEC) afin d’assurer sa mise en œuvre.
- https://www.quebechabitation.ca/innovation/impact-des-malfacons-sur-la-performance-hygrothermique-et-letancheite-a-lair-denveloppes-de-batiments/ ↩︎
