Au Québec, les chantiers de construction, de rénovation et de démolition (CRD) génèrent environ 3,3 millions de tonnes de résidus chaque année1. Près de la moitié de ces matières : du bois, du béton, du gypse, des métaux et autres matières finissent à l’enfouissement, malgré leur potentiel de valorisation.
Ce constat, l’industrie le connaît bien. Ce qui manque trop souvent, c’est l’accompagnement pour passer à l’action et changer certaines pratiques. C’est précisément là que souhaite intervenir le projet Chantiers Zéro Déchet à La Tuque, une initiative d’Environnement Mauricie, la première du genre dans la région.
Un défi amplifié par l’éloignement
La Tuque est un territoire éloigné, à 130 km de Shawinigan et à 150 km de Roberval, les deux grandes villes les plus proches. Pour ses entrepreneur·e·s en construction, les contraintes de gestion des matières résiduelles (GMR) sont bien réelles. Les centres de tri sont loin, les lieux d’enfouissement technique le sont aussi et les solutions disponibles dans les grands centres urbains ne s’appliquent pas facilement.
En conséquence, les matières de chantier se retrouvent souvent mélangées dans un même conteneur et prennent la route en direction de Saint-Étienne-des-Grès situé à 145 km pour être enfouies, faute d’outils, d’accompagnement ou alternatives accessibles et bien encadrées.
Chantier Zéro Déchet à La Tuque est un projet pilote qui cherche à lever les barrières existantes en développant des pratiques de tri adaptées aux conditions locales, en considérant les ressources disponibles et en impliquant les entrepreneur·e·s au cœur de la démarche.
Un projet axé sur la collaboration
Chantiers Zéro Déchet à La Tuque est porté par Environnement Mauricie, avec la collaboration de plusieurs partenaires financiers et institutionnels : la Ville de La Tuque (via le Fonds régions et ruralité – Volet 4 du MAMH), RECYC-QUÉBEC à titre de partenaire principal et la SADC du Haut-Saint-Maurice.
Sur le plan technique, le projet s’appuie sur l’expertise de Stratzer, firme spécialisée en gestion de matières résiduelles et de l’APCHQ, qui contribue au transfert des connaissances du projet pilote, afin que d’autres entrepreneur·e·s puissent aussi avoir accès aux recommandations recueillies. La Ville de La Tuque est également impliquée dans la réflexion sur l’accès et la tarification de son écocentre pour les résidus de CRD, une composante innovante du projet qui pourrait servir de modèle ailleurs au Québec.
Trois entrepreneur·e·s, trois réalités de chantier
Au cœur du projet, trois entreprises locales ont accepté de jouer le rôle de cohorte pilote : Structure DuPrestige, Villeneuve & Fils et Hamel Habitation Confort. Chacune représente une facette différente du secteur de la construction résidentielle dans la région et c’est cette diversité qui rend la démarche pertinente.
« Chez Villeneuve et Fils, le projet Chantier Zéro Déchet s’aligne parfaitement avec nos valeurs d’entreprise de s’orienter, au meilleur du possible, vers un virage plus vert. Nous sommes conscients que les matériaux de construction constituent un très fort volume des rebuts du centre de tri et comprenons la problématique ; nous souhaitons donc faire activement partie de la solution ».
Ces entrepreneur·e·s seront accompagné·e·s pas à pas. Des formations sur le tri à la source, une mise à l’essai d’équipements adaptés, un suivi des matières récupérées et une analyse des résultats. Pour Clélia Chouhani, conseillère en économie circulaire pour Environnement Mauricie, « l’objectif n’est pas d’imposer des pratiques uniformes, mais de trouver ce qui fonctionne réellement sur leurs chantiers, avec leurs équipes et dans leurs contraintes ».
Concrètement, qu’est-ce que cela apporte d’améliorer sa gestion de résidus de construction ?
- Un accompagnement clé en main pour innover : les entrepreneur·e·s ne partent pas de zéro mais bénéficient d’une formation, d’outils adaptés et d’un suivi.
- Agir à titre de précurseur et d’exemple pour les autres entrepreneur·e·s de la région en testant de nouveaux modèles comme la tarification incitative à l’écocentre et en co-construisant des solutions avec les acteurs locaux pour qu’elles soient adaptées à leur réalité.
- Une meilleure position sur les appels d’offres : les marchés publics intègrent de plus en plus des critères environnementaux. Avoir une pratique documentée de gestion des résidus risque d’être un avantage concurrentiel tangible.
- Un meilleur bilan à coût nul, voire une réduction des coûts ? C’est également ce que le projet pilote tentera de révéler. À suivre…
« Parce que chaque geste posé fait une différence » — David Duchesneau, Structure Du Prestige.
Un modèle qui dépasse La Tuque
En documentant les apprentissages du projet, Environnement Mauricie souhaite développer un modèle d’intervention en économie circulaire applicable à d’autres territoires éloignés confrontés aux mêmes défis. Selon Clélia Chouhani : « Ce que l’on construit à La Tuque pourrait bien inspirer d’autres communautés éloignées où la gestion des résidus de chantier demeure un enjeu ». L’objectif pour Environnement Mauricie est également de voir à développer d’autres projets similaires en Mauricie.
Pour l’APCHQ, ce type d’initiative illustre que l’industrie de la construction peut être un acteur de la transition vers une économie circulaire.
Pour en savoir plus
Vous souhaitez en apprendre davantage sur le projet Chantiers Zéro Déchet à La Tuque, suivre son avancement ou vous inspirer de ses résultats pour votre propre territoire ? Consultez la page du projet sur le site du CRE Mauricie .
Cet article a été rédigé en collaboration avec Environnement Mauricie
