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Quand la construction va, tout va! Vraiment?

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Écrit par Luc Belanger

Sondage après sondage, les données recueillies auprès des membres de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) sont sans équivoque. D’une part, les problèmes d’approvisionnement en matériaux de construction sont généralisés, puisque 78 % des entrepreneurs affirment avoir rencontré des difficultés à ce chapitre depuis le début de l’année. D’autre part, 98 % des entrepreneurs en construction anticipent qu’il sera aussi difficile cette année qu’en 2020, sinon plus, d’engager de nouveaux travailleurs.

La conséquence directe de cette situation est que les entrepreneurs accusent des délais hors de leur contrôle dans la livraison de plusieurs chantiers et subissent d’importantes pressions inflationnistes qui nuisent à l’abordabilité des logements. Le tout risque même de s’aggraver au cours des six à douze prochains mois. C’est du moins l’avis de 84 % des entrepreneurs sondés.

En ce qui a trait à la hausse du coût des matériaux, précisons qu’environ la moitié (48 %) des entrepreneurs s’attendent à payer au moins 20 % plus cher en 2021.    

Alors qu’elle estime que le prix des habitations neuves et des rénovations pourrait augmenter de 10 à 15 % en 2021, l’APCHQ invite le gouvernement à agir concrètement à plusieurs niveaux afin de calmer les pressions inflationnistes et maintenir l’abordabilité des habitations. Voici comment.

Il faut plus de bois

L’APCHQ considère que le gouvernement doit autoriser rapidement l’industrie forestière à augmenter la cadence en permettant la récolte d’une plus grande part de l’immense potentiel de nos forêts, le tout de manière responsable et tel que promis par la Stratégie nationale de production de bois, récemment annoncée.

Il faut plus de main-d’œuvre

Les besoins en main-d’œuvre sont encore plus criants aujourd’hui qu’ils ne l’étaient avant la pandémie, car l’activité s’est accélérée et elle ne semble pas près de dérougir. Il faut s’attaquer à cette problématique de manière urgente. C’est ce qui amène l’APCHQ à insister encore aujourd’hui pour que le gouvernement agisse rapidement, notamment en adoptant les huit mesures proposées récemment par la Commission de la construction du Québec (CCQ) afin d’alléger la pénurie actuelle.

Soyons clairs. Selon l’APCHQ, ces mesures ne sont en vérité qu’un début de solution, car l’accès à l’industrie demeure fortement contraint par la réglementation et la polyvalence de métier fait toujours défaut.

Il faut éviter l’alourdissement réglementaire et fiscal

Bien que les finances publiques soient affectées par la pandémie, même sur le plan municipal, il faut que les différents paliers de gouvernement résistent à la tentation d’introduire de nouvelles taxes ou contraintes affectant négativement l’offre et le coût des nouvelles habitations. L’APCHQ recommande un moratoire provincial sur l’adoption de redevances, taxes, règlements d’inclusion, zonages restrictifs ou autres politiques qui ne font qu’augmenter le coût des projets.  

Il faut encourager l’accession à la propriété des jeunes ménages 

La rareté de logements locatifs est une source d’inflation qui désavantage grandement les plus démunis. C’est aussi un élément qui engendre un effet inflationniste en cascade dans le marché de l’habitation. À notre avis, l’accession à la propriété est le moyen à privilégier en ce moment pour libérer des logements locatifs et accroître l’avoir net des ménages. Or, avec l’explosion des prix, les ménages qui pourraient accéder à la propriété rencontrent un problème d’abordabilité des habitations neuves ou existantes. En les aidant avec certaines mesures, comme le remboursement des droits de mutation, la bonification du crédit d’impôt pour l’achat d’une première propriété ou une majoration du remboursement de TVQ pour les habitations neuves à prix abordable, le gouvernement peut rétablir la capacité d’accession pour les jeunes ménages. On vient ainsi déjouer la spéculation, à la fois dans le marché locatif, pour la revente et la construction neuve. À titre d’exemple, la récente hausse du taux d’inoccupation dans le centre-ville de Montréal a eu pour effet de stopper la hausse du coût des loyers et même d’encourager une renégociation à la baisse. 

Il faut informer davantage le public

Les consommateurs semblent peu avisés quant à l’augmentation des délais et des coûts qui vont caractériser l’année 2021. Par une campagne de promotion des saines habitudes de consommation en temps de pandémie, le gouvernement doit inciter les consommateurs à faire preuve de prévoyance et de prudence, le tout pour négocier les meilleures conditions possible. Il faut les conscientiser à entreprendre tôt leurs démarches pour s’approvisionner en matériaux et réserver les services de professionnels, de même que pour établir ensemble un échéancier qui leur évitera de « vider les tablettes » au printemps et d’être confrontés à des prix exorbitants. Pour aplatir la courbe des prix, il faut répartir la demande sur une plus longue période. L’APCHQ considère qu’il est important que l’industrie soit soutenue dans une promotion annuelle des activités.

L’essentiel des mesures proposées par l’APCHQ vise à assouplir l’offre et à « sensibiliser » la demande. Avec l’appui de l’État, l’APCHQ espère contrer l’inflation et les délais qui sont hors du contrôle des entrepreneurs et qui causent préjudice aux consommateurs.

Luc Bélanger, président-directeur général, APCHQ

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