Actualités

Alternance travail‑études : l’industrie de la construction mise sur une nouvelle solution pour former sa relève

Écrit par Québec habitation

Dans un contexte où les entrepreneur·e·s en construction constatent un ralentissement de l’évolution des chantiers dû au manque de qualification de la nouvelle main-d’œuvre disponible, l’alternance travail-études (ATE) gagne du terrain comme solution crédible pour attirer et qualifier la relève.

C’est du moins le message lancé par les intervenant·e·s réuni·e·s le 21 novembre dernier lors d’un atelier très couru, présenté dans le cadre du Congrès 2025 de l’APCHQ. Pendant une heure, Francis Montmigny, animateur de l’atelier et conseiller-expert, Recherche et analyse à l’APCHQ, Lysanne Brunet, cheffe de section, Ingénierie pédagogique à la Commission de la construction du Québec (CCQ), et Robin Rodrigue, directeur du Centre intégré de mécanique industrielle de la Chaudière (CIMIC), ont échangé sur l’ATE, donnant un aperçu rare d’un écosystème en pleine mutation.

Une pression croissante sur les chantiers

L’industrie de la construction vit un moment charnière. Les besoins explosent : plus de 17 000 nouveaux travailleur·euse·s seraient requis·e·s chaque année, alors que les centres de formation n’en diplômeraient qu’environ 8 000. Parallèlement, la proportion de travailleur·euse·s non diplômé·e·s grimpe en flèche : plus de 70 % en 2024, contre 30 % il y a dix ans.

L’impact est concret : productivité en baisse, difficultés d’encadrement, retards, qualité variable. Pour Francis Montminy, une conclusion s’impose : « Qui dit formation dit productivité. Les études le démontrent, et l’industrie en ressent l’urgence. »

Un modèle plus flexible, plus près du terrain

L’alternance travail-études n’est pas nouvelle, mais son implantation dans le secteur de la construction s’est accélérée depuis 2021, grâce à une réforme réglementaire majeure.

L’introduction du certificat de compétence apprenti étudiant (CCA étudiant) permet désormais à un·e élève inscrit·e dans un programme menant à l’obtention d’un diplôme d’études professionnelles (DEP) de mettre les pieds sur un chantier en toute légalité, tout en cumulant officiellement des heures d’apprentissage.

Depuis l’entrée en vigueur de cette mesure, près de 12 500 certificats ont été délivrés, et 86 % des élèves poursuivent ensuite leur parcours comme apprenti·e·s régulier·ère·s, ce que la CCQ considère comme un véritable succès.

« Ça a ouvert la porte à des partenariats concrets entre écoles et employeurs », a résumé Lysanne Brunet.

À l’école… mais aussi sur les chantiers

L’ATE se décline en deux formules :

  • Développement des compétences
    • Les heures d’apprentissage en entreprise font parties des heures normatives du programmes d’études.
    • La sanction se fait après les apprentissages réalisés en entreprise.
  • Mise en œuvre de compétences :
    • Les heures d’apprentissage en entreprise sont ajoutées aux heures normatives du programmes d’études.
    • La sanction se fait avant le départ en entreprise.

Au CIMIC, où l’on pratique ce dernier modèle depuis 2015, Robin Rodrigue observe un changement net chez les élèves : « Après trois semaines de stage, l’assiduité prend tout son sens. Ils reviennent avec une autre posture, plus professionnelle. »

Des entrepreneur·e·s partagé·e·s, mais engagé·e·s

Les échanges avec le public ont été particulièrement francs. Certain·e·s entrepreneur·e·s ont salué un modèle qui leur permet de repérer et de former eux-mêmes leur future main-d’œuvre. D’autres ont exprimé des réserves : encadrement trop lourd, écarts entre la théorie et la réalité sur le terrain, horaires atypiques difficiles à intégrer à l’organisation du travail.

Un entrepreneur résume le dilemme : « Pour que ça marche, il faut que l’élève soit un observateur actif, pas un remplaçant. Je peux l’intégrer, mais pas le greffer à mon équipe comme un employé régulier. »

Ces préoccupations n’ont pas surpris les intervenant·e·s. « On en est encore aux balbutiements, mais le modèle évolue vite », a rappelé Lysanne Brunet.

Les COUD : une nouvelle génération d’alternance

La grande nouveauté abordée lors de l’atelier concerne les formations de courte durée (COUD), qui sont assorties d’une subvention salariale destinée aux employeurs.

Financés par la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), ces projets pilotes offrent :

  • 25 000 $ par travailleur·euse, remis à l’employeur pour couvrir les heures de formation;
  • l’obligation d’un lien d’emploi durant tout le programme menant à un diplôme d’études secondaires (DEP);
  • une alternance structurée entre l’école et le chantier.

Trois cohortes en électricité sont déjà en cours, et d’autres suivront en charpenterie-menuiserie dès 2026. « On teste, on ajuste, puis on veut élargir à l’ensemble des métiers », a indiqué Mme Brunet.

Vers un véritable changement de culture

L’ATE n’est plus un outil parmi tant d’autres : elle devient un véritable vecteur stratégique de transformation.

Le Plan d’action pour accélérer l’alternance travail-études dans l’industrie de la construction 2025-2028 vise justement à aligner l’ensemble des parties prenantes : les écoles, la CCQ, les associations patronales et syndicales, le ministère de l’Éducation et la CPMT. L’objectif est clair : accélérer la formation, faciliter les parcours et, surtout, mieux arrimer les compétences aux besoins réels des chantiers.

« On veut que les élèves prennent le meilleur de chacun des milieux : l’école et le chantier. C’est gagnant pour tous », a résumé Robin Rodrigue.

Une conclusion optimiste, mais lucide

Personne ne minimise les défis. L’encadrement, l’investissement en temps, la sécurité, la variabilité des chantiers : tout cela demeure bien réel.

Mais l’industrie semble prête à revoir ses façons de faire. Les intervenant·e·s n’appellent pas à une révolution, mais à une évolution.

L’alternance travail-études n’éliminera pas à elle seule les pénuries de main-d’œuvre qualifiée auxquelles fait face l’industrie, mais elle a déjà démontré son potentiel pour créer des ponts, former plus vite, former mieux et fidéliser les travailleur·euse·s qui bâtissent le Québec.

Pour en savoir plus, consultez la page sur les parcours rémunérés en alternance travail-études en construction sur le site Web de la CCQ.

À propos de l'auteur

Québec habitation

Restez informé!

Recevez chaque mois, par courriel, les nouveautés du blogue et les dernières actualités de l’industrie.