L’APCHQ a récemment lancé une cohorte réunissant huit entrepreneur·es qui, sur une période d’un an, approfondiront différentes notions en construction durable. L’objectif : intégrer ces apprentissages au sein des projets de leurs entreprises. Le projet est piloté par l’experte Nacelles&Co, experte en services-conseils en communication et en stratégie d’affaires pour les acteur·rice·s de changement.
La thématique pour la première séance de formation tenue le 19 mars était axée sur le choix des matériaux. Voici un aperçu des connaissances clés qu’ont acquis les participant·es.
Agir sur le carbone… avant même d’occuper le bâtiment
Lorsqu’on parle de construction durable, un réflexe revient souvent : penser d’abord à l’efficacité énergétique. Isolation accrue, étanchéité à l’air, électrification des systèmes… Ces stratégies sont essentielles, mais au Québec, elles ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Lors de cette première séance de formation de la Cohorte, une réalité s’est clairement imposée : le choix des matériaux constitue l’un des leviers les plus puissants pour réduire l’empreinte carbone d’un bâtiment résidentiel au Québec.
Pour bien saisir l’enjeu, il faut distinguer deux catégories d’émissions de gaz à effets de serre (GES):
- Le carbone opérationnel, lié à l’énergie consommée pendant l’utilisation du bâtiment (chauffage, éclairage, équipements) ;
- Le carbone intrinsèque, associé au cycle de vie des matériaux, de l’extraction des matières premières à leur élimination.
Au Québec, cette distinction est cruciale. Grâce à l’hydroélectricité, le réseau électrique affiche une faible intensité carbone. Résultat : les émissions liées à l’exploitation des bâtiments sont relativement basses. En revanche, le carbone intrinsèque représente une part beaucoup plus importante de l’impact total, et surtout, il est émis dès la construction. Si le Québec veut agir vite pour le climat, il doit s’attarder au carbone intrinsèque dans les bâtiments.
Autrement dit, chaque décision prise en amont, dès la conception et le choix des matériaux, a un impact immédiat sur le bilan carbone.
Tous les matériaux ne se valent pas
Les études de cas présentées lors de la séance ont démontré à quel point les matériaux dominent l’équation carbone. Le béton, la maçonnerie et certains isolants à haute performance énergétique (comme la laine minérale ou le polyuréthane giclé) sont particulièrement intensifs en carbone, même s’ils offrent des avantages indéniables en termes de durabilité ou de performance.
À l’inverse, les matériaux biosourcés tels que le bois, la cellulose, la fibre de bois et le chanvre réduisent fortement l’empreinte carbone, voire stockent du carbone pendant la durée de vie du bâtiment. Sans sacrifier la performance, ces matériaux permettent de transformer radicalement le bilan carbone d’un projet.
Un message-clé se dégage : à performance équivalente, deux produits similaires peuvent afficher des empreintes carbones très différentes, parfois sans impact significatif sur les coûts. Cela ouvre un champ d’action concret pour les entrepreneur·es et les équipes de projet.
Rénovation : le bâtiment le plus vert est souvent celui qui existe déjà
Un autre apprentissage marquant de la séance concerne la rénovation. Comparer un scénario de démolition-reconstruction à une rétroadaptation approfondie mène à un constat clair : conserver la structure existante est presque toujours plus avantageux sur le plan carbone.
La conservation des fondations, des murs porteurs et des volumes existants permet d’éviter une quantité importante d’émissions liées à la fabrication et au transport de nouveaux matériaux. Dans l’un des scénarios analysés, une rénovation de type rétroadaptation de haute performance, réalisée avec des matériaux biosourcés ou à faible empreinte, atteignait même un bilan carbone intrinsèque théoriquement négatif.
Cela ne signifie pas que toute construction neuve est à proscrire, mais plutôt que la question doit être posée systématiquement : peut-on rénover plutôt que démolir pour reconstruire ?
L’outil E2CM : rendre le carbone visible
Pour soutenir cette prise de décision, la séance a mis de l’avant l’outil E2CM (Estimateur de carbone pour les constructions de bâtiments), développé par Ressources naturelles Canada. Basé sur Excel, cet outil permet d’estimer les émissions de carbone intrinsèque et opérationnel d’un bâtiment à partir de données canadiennes et de déclarations environnementales de produit (DEP).
Sans être un outil de précision absolue, E2CM joue un rôle clé : il rend visible ce qui ne se voit pas. Comparer deux produits équivalents, tester différentes compositions de mur ou analyser l’impact global de scénarios devient accessible, même sans expertise avancée en analyse du cycle de vie.
Pour les entrepreneur·e·s, l’outil constitue un appui précieux pour justifier des choix, argumenter auprès de la clientèle et orienter des substitutions de matériaux éclairées.
Un rôle stratégique pour les entrepreneurs généraux et entrepreneures générales
Contrairement à une idée répandue, les entrepreneur·e·s ne sont pas de simples exécutant·e·s de cette transition. Leur rôle est central. Ce sont elles et eux qui connaissent les produits disponibles, les coûts réels, les contraintes de chantier et les alternatives équivalentes.
Une fois la notion de carbone bien comprise, il devient clair que le choix des matériaux est tout aussi déterminant que l’efficacité énergétique. Proposer un isolant à plus faible empreinte carbone, privilégier un manufacturier ayant électrifié sa production ou favoriser des matériaux recyclés ou biosourcés sont autant de décisions capables transformer un projet, sans nécessairement transformer son budget.
Liste résumée des questions à se poser lors d’un choix de matériaux
| Message clé | Ce que l’entrepreneur doit se poser comme question |
| Carbone intrinsèque | Ai-je évalué l’impact carbone des matériaux avant même la construction? |
| Hydroélectricité et faible carbone opérationnel | Mes efforts portent-ils aussi sur le carbone des matériaux, pas seulement sur l’énergie? |
| Décision en amont | Ai-je réfléchi au choix des matériaux dès la conception? |
| Matériaux conventionnels | Existe-t-il un produit équivalent avec une empreinte carbone plus faible? Puis-je réduire, substituer ou optimiser leur utilisation? |
| Performance | Est-ce que je compare des produits aux mêmes fonctions techniques? |
| Rénovation et conservation | Ai-je étudié l’option de rénovation avant la démolition-reconstruction? |
| E2CM (RNCan) | Ai-je utilisé un outil pour étudier le carbone de mes matériaux? |
| Avantage concurrentiel | Est-ce que le carbone peut devenir un argument auprès de ma clientèle? |
| Anticipation réglementaire | Suis-je prêt·e pour les exigences en matériaux à venir ? |
Se positionner pour le futur de la construction
Les réglementations évoluent (le carbone intrinsèque devrait faire son entrée dans le Code de construction 2030), les DEP se multiplient, et la clientèle se montre plus sensible aux enjeux climatiques. Dans ce contexte, intégrer le carbone intrinsèque aux pratiques d’affaires ne révèlent pas uniquement d’un geste environnemental : il s’agit aussi d’un avantage concurrentiel.
Dans les prochains mois, la Cohorte construction durable va continuer de développer ses connaissances autours des sujets : les quatre fonctions essentielles de l’enveloppe du bâtiment, les bâtiments passifs, la planification des activités de déconstruction et plus encore.
Agir dès maintenant permet aux entrepreneur·e·s de se positionner comme des partenaires crédibles et proactif·ve·s, capables d’anticiper les exigences à venir et de créer de la valeur autrement.
Vous souhaitez approfondir vos connaissances? Inscrivez-vous à la formation en ligne Choix des matériaux et des produits ou communiquez avec nous à dd@apchq.com.
Le projet de cohorte en construction durable de l’APCHQ a été rendu possible grâce au soutien financier du Fonds Écoleader. Le Fonds Écoleader a été créé par le gouvernement du Québec en 2018. Il est coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable (FAQDD), qui bénéficie du soutien de Développement économique Canada pour les régions du Québec (DEC) afin d’assurer sa mise en œuvre.
