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Sous-sols et changements climatiques : le Québec doit repenser ses fondations

Écrit par Québec habitation

Les 20 et 21 novembre derniers, dans le cadre du Congrès 2025 de l’APCHQ à Trois-Rivières, le directeur principal des Services techniques et de la qualification de l’Association, Marco Lasalle, a animé un atelier qui a fait salle comble : « Adaptation aux changements climatiques : on fait quoi avec nos sous-sols ? ».

Un thème qui tombe à point, alors que les sinistres liés à l’eau (refoulements, infiltrations, débordements, etc.) se multiplient depuis les dernières années, partout au Québec.

Au-delà de la question provocatrice (Devrait-on interdire les sous-sols ?), l’atelier a permis de remettre les pendules à l’heure : ce n’est pas le sous-sol le problème, mais bien la manière dont on le conçoit, le construit et l’adapte aux nouvelles réalités climatiques.

Des pluies plus intenses, des sinistres plus coûteux

Le constat posé en ouverture est clair : les changements climatiques modifient notre relation à l’eau.

Ce ne sont pas tant les précipitations annuelles totales qui ont connu une hausse fulgurante, mais l’intensité des épisodes. Des quantités énormes tombent en quelques minutes, saturant le sol et, surtout, les réseaux municipaux.

Résultat :

  • Les sous-sols deviennent les premières victimes des refoulements;
  • Les primes d’assurance augmentent dans plusieurs secteurs;
  • Les dégâts d’eau représentent aujourd’hui la majorité des sinistres liés aux catastrophes naturelles au pays.

Pour Marco Lasalle, il ne fait plus de doute, l’industrie doit évoluer : « On ne peut plus concevoir une maison exactement comme on le faisait il y a 30 ans. La résilience doit devenir un réflexe. »

Pourquoi continuons-nous de construire des sous-sols ?

L’atelier a également rappelé l’histoire fascinante de cet espace devenu « typique » des maisons québécoises.

  • À l’origine, les sous-sols servaient surtout à isoler la maison du sol gelé et à entreposer des denrées.
  • Dans les années 1950 et 1960, ils se sont transformés en pieds carrés abordables et facilement aménageables.
  • Aujourd’hui, ils sont parfois aussi confortables qu’un rez-de-chaussée… mais demeurent vulnérables lorsque l’eau s’invite.

Autrement dit : les sous-sols ont une véritable utilité, mais ils n’ont pas été pensés pour affronter les réalités climatiques actuelles.

Le véritable enjeu : l’eau sous toutes ses formes

La conférence a permis de passer en revue les principales sources de problèmes affectant les sous-sols :

1. La capillarité du béton

Le béton absorbe naturellement l’humidité du sol. Résultat : des murs plus froids, un sous-sol plus humide et des risques de condensation.

2. L’infiltration par fissures ou pression hydrostatique

Un drain fonctionnel n’est plus un luxe : c’est essentiel. Et même lorsqu’il fonctionne, il ne peut rien si le réseau municipal est saturé.

3. Le refoulement d’égout

C’est l’une des principales causes de sinistre. Dès que le réseau déborde, la pression pousse l’eau vers le point le plus bas : le sous-sol.

Vers des sous-sols résilients : de meilleurs choix, au bon moment

Plutôt que d’abandonner le sous-sol, la solution passe par une évolution des pratiques. Marco Lasalle a proposé plusieurs gestes simples et efficaces pour rendre nos constructions plus résilientes.

1. Des mesures de prévention incontournables

  • Pente du terrain : éloigner l’eau de la maison, un principe de base… encore trop souvent négligé.
  • Clapet anti‑retour sur les conduites secondaires : indispensable pour limiter le refoulement.
  • Système de dérivation (bypass) pour la pompe : permet d’évacuer l’eau à l’extérieur lorsque le réseau municipal ne fournit plus.
  • Batterie de secours pour la pompe : essentielle, sachant que les fortes pluies s’accompagnent souvent de pannes de courant.

2. Repenser l’aménagement intérieur

Un sous-sol résilient n’est pas un bunker, mais un espace réfléchi pour limiter les dommages. Parmi les bonnes pratiques :

  • Isoler les fondations à l’extérieur, pour protéger l’isolant des dégâts potentiels et améliorer l’inertie thermique de la maison.
  • Favoriser des matériaux qui ne craignent pas l’eau, par exemple la céramique, le béton apparent poli, l’époxy.
  • Désolidariser les matériaux du sol en laissant un espace entre le gypse et la dalle, pour éviter la remontée d’humidité par capillarité. En cas de dégât, on remplace seulement une bande de contreplaqué ou la plinthe.
  • Retirer les pinces de coffrage, une étape simple qui réduit la corrosion et les infiltrations.

Ces mesures fort abordables permettent de réduire drastiquement les coûts de réhabilitation après un sinistre.

Les solutions de remplacement : dalle sur sol ou vide sanitaire

Si le sous-sol n’est pas toujours idéal, encore faut-il évaluer les solutions de remplacement selon le terrain.

La dalle sur sol

Très intéressante pour sa simplicité et sa performance énergétique. Mais en terrain inondable ? Une inondation à ce niveau se traduit par la perte totale du rez-de-chaussée.

Le vide sanitaire

Souvent méconnu au Québec, il fait pourtant un retour dans les régions plus à risque d’inondation. Il permet :

  • de garder les composantes mécaniques hors de l’eau;
  • de ventiler rapidement après un sinistre;
  • de limiter grandement les dommages au bâtiment.

C’est plus coûteux, mais nettement plus sécuritaire dans certains milieux.

Et le radon dans tout ça ?

Autre préoccupation courante : le radon. Sous-sol ou dalle sur sol, la réalité reste la même : tout plancher en contact avec le sol est une porte d’entrée potentielle.

Le meilleur contrôle passe par :

  • un échangeur d’air bien balancé;
  • une étanchéité à l’air soignée sous la dalle;
  • des matériaux rigides plutôt qu’un simple polythène, trop difficile à rendre parfaitement étanche autour des manchons et pénétrations.

En cas de doute, un test de radon coûte environ 30 $, s’effectue sur trois mois et permet d’agir rapidement au besoin.

Conclusion : non, le sous-sol n’est pas mort

À la fin de l’atelier, le message était clair : il faut arrêter de se demander si on doit interdire les sous-sols. La vraie question est plutôt : Est-ce que ce projet, à cet endroit, pour ce client, nécessite vraiment un sous-sol ?

Dans la majorité des cas, la réponse sera encore oui. Mais il faudra désormais construire autrement, de manière plus intelligente et résiliente.

L’avenir de l’habitation passe par la capacité d’adaptation du secteur : comprendre les risques, les prévoir… et construire mieux.

Pour en savoir plus, communiquez avec l’équipe du service technique de l’APCHQ en écrivant à servicetechnique@apchq.com, ou en téléphonant au 1 800 468-8160.

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